tu souriras

rien ne distingue vraiment
l’aurore du crépuscule
quand rien ne bouge
mais que tout tremble

c’est le souffle des camions
qui te frôlent c’est ça
c’est ça et rien d’autre
et il n’y a à voir que

le reflet flou et diffracté
dans la vitre et sur la vitre
le dessin de la main
trouble et la lumière rosée

de la peau entre les doigts
et je ne sais plus si je dois
ouvrir les yeux ou les fermer
prolonger la nuit ou y chercher

ton corps enroulé d’une aura d’or
et d’océans et de forêts qui
la nuit se ressemblent tous
même grondement même sifflement

ou plus probablement
la dernière part de toi
pliée en deux chiffonnée croisée
tu ne bougeras pas

tu ne lèveras pas
tes yeux flous de la roue
mais dans la lumière rosée
de tes joues entre tes doigts

pliée en deux disais-je
comme le monde
à ce moment-là
tu souriras