qui ne se rattrape pas

tes mains ont la tendresse
des premiers pas dans la mer
comme tes pieds qui n’ont pas
marché assez loin encore

tes mains sont courtes
dépassent à peine des buissons
les siennes soulèveraient
le sol et la terre entière
à hauteur des branches
plus larges que tes bras

tes mains sont insignifiantes
et se perdent entre ses doigts

tes mains sont élastiques
et s’enroulent autour de ses doigts

tes mains sont ravinées par les cals
plus durs que tes propres phalanges

tes mains sont douces
pour caresser une joue
se perdre dans des cheveux
pas pour creuser la terre
ou tuer des sangliers
à mains nues

tes mains ne se sont jamais battues
elles ne t’ont pas défendu
les poings serrés mais dans les poches
laissaient des marques mais pas de traces

tes mains sont tendres aujourd’hui encore
et encore se perdent dans les siennes
mais ce soir ce sont tes mains
qui soulèvent les siennes
réduites en poussière
qui tiennent tout entières
dans la paume de la tienne
devenue énorme
pour le protéger du vent
qui ne se rattrape pas