Le frémissement du rideau qui s’écarte

Il se réveille
Sur une route qu’il ne connaît pas
Qui déroule ses virages hors de la nuit
Éclairée par les seuls phares de sa voiture
Qui ne s’est jamais arrêtée

Il se réveille
Comme s’il naissait à nouveau
Comme s’il avait besoin de la nuit
Pour voir le jour

Il se réveille
Alors qu’il ne s’est jamais endormi
Il a laissé ses mains conduire pour lui
Et ses yeux aussi, qui n’étaient pas les mêmes
Que ceux qui voient maintenant
Des lumières sur la gauche qui dessinent une ville
Et le bord de mer qui se reflète dans les nuages

Il baisse les vitres de la voiture
L’air qui s’y engouffre est frais comme un baiser
Un air neuf qu’il est le premier à respirer
Et ça sent la mer, le sel, les vagues,
Les promenades sur la plage, la pluie de septembre,
Le feu de bois, les bûches qui crépitent,
Le tapis épais devant l’âtre
Et la soupe qui frémit sur la cuisinière.

Il s’arrête devant la maison
Éteins la musique, coupe le moteur
Il n’y a plus que le silence à écouter
Et peut-être s’il tend l’oreille
Le claquement des hauts talons sur le parquet
Et le frémissement du rideau qui s’écarte