jamais longtemps.

Je me suis assis à l’extrémité du petit banc pour te laisser une place. Il n’y a que nous sous le soleil tranchant. La foule qui me portait sans que j’ai à avancer le pied m’a jeté seul devant la grille comme une dernière vague chargée d’écume. Mes jambes lourdes ont creusé des sillons dans le gravier des allées du cimetière. La lame de soleil posée sur ma nuque est une guillotine prête à jeter mon crâne sous le banc en offrande à tes jambes croisées. Mais il est bien accroché, seulement vidé de sa chair depuis son dernier sourire. Ton visage s’est déposé dans le creux de mon bras où est gravé ton nom dans les entrelacs de mes veines, les arabesques de mon tatouage et les traits rectilignes de mes cicatrices. J’attends que les nuages chargés de pluie renvoient le soleil à la nuit. Je sais que tu t’inquiètes. Il ne faut pas. Mon bras bouge encore puisqu’il t’écrit, et moi avec lui. John Keats est mort de maladie. Rien d’autre. Et les orages à Rome ne durent jamais longtemps.