j’ai oubliés

j’ai trouvé l’ombre de tout ce que j’ai perdu
des fantômes froids comme un courant d’air
la trace rectangulaire dans la poussière
d’une boîte
d’un socle
d’un livre
d’une lettre
des cadres jaunis et obliques
ton dos devant la bibliothèque
de ton côté du lit
devant le portail de l’allée
des vélos sans roue
des stylos sans capuchons
la trace pâle autour de ton doigt
des verres vides
des concerts sans public
des chiens sans maître
des enfants sans parents
des assiettes à peine servies
et déjà refroidies
une baignoire sans bouchon
des flaques de cire durcie
des gares où les trains ne s’arrêtent plus
des vêtements sans corps dedans
des corps nus habillés par l’obscurité
des volets clos pour se protéger
du chaud et du froid
du jour et de la nuit
des couvertures sur les meubles
d’autres entassées
des planches alignées
couvertes de neige
la mer inaudible
le soleil invisible
les ombres qui dévorent la lune
avalent la lumière
délayent les couleurs
des souvenirs que j’ai oubliés