Il faut que je parte.

Adeline s’est réveillée au moment exact où la voiture a quitté l’autoroute pour s’engager lentement dans des rues qu’elle a reconnues tout de suite, un enchaînement de maisons bourgeoises sans charme mais qui signifiait qu’enfin ils approchaient du but. Ils étaient partis à 11 heures et avaient roulé pendant trois heures sans s’arrêter et, même si elle avait dormi pendant presque tout le voyage, il était grand temps d’arriver à la maison.

Elle s’est étirée ostensiblement mais Mathieu n’a pas bronché. Il avait le visage fermé et gardait les yeux rivés au feu tricolore, prêt à démarrer sèchement quand il passera au vert :

— Quel beau weekend on a passé, tu ne trouves pas ?

Les yeux toujours fixés sur l’horizon, il a répondu :

— Oui, c’était un bon weekend.

La main de Mathieu était accrochée au levier de vitesses et quand Adeline a posé la sienne par-dessus, elle l’a sentie frémir.

— Quand je pense qu’on va devoir tout décharger, tout ranger, faire les lessives, ça me donne envie de retourner en Normandie.

— C’est comme ça, a répondu Mathieu, c’est le principe des vacances. À un moment, il faut rentrer à la maison.

— Tu es fatigué ?

— Ben oui, évidemment.

Ils étaient arrivés dans leur rue. Mathieu a garé la voiture devant la maison mais il est resté immobile, les mains sur le volant, les yeux dans le vide. Adeline le trouvait beau de profil, il avait un côté animal, distant et farouche, qui disparaissait de face quand son regard et sous sourire la faisaient fondre.

— Je t’aime.

— Je sais.

— Tu as faim.

— Il faut que je parte.