ce qu’ils t’ont fait.

Maxime se lève à six heures et part promener Mérou, son petit chien sans race qu’il a appelé ainsi par amour de la pêche. Tous les matins suivent le même chemin : il traverse la place, passe entre la caravane d’Aglaé et celle de James, longe la rivière jusqu’au pont Sud, traverse, repart sur l’autre rive vers le pont Nord et redescend vers son point de départ. Il a fait ce chemin si souvent qu’il pourrait le faire les yeux fermés. D’ailleurs, quand comme aujourd’hui le soleil n’est pas encore levé au moment de la promenade, il laisse la lampe de poche dans le tiroir et fait confiance à la Lune. Sauf qu’il ne se doute pas qu’un obstacle improbable le fera trébucher et se retrouver les quatre fers en l’air, en jurant tous les diables et en provoquant les aboiements frénétiques de Mérou qui lui non plus n’aime pas être bousculé dans ses habitudes.

Ce brouhaha est très inhabituel à cette heure, le seul moment de calme de toute la nuit quand James a terminé ses vocalises, Aglaé sa Traviata, Johan et Michel leur Black Sabbath, Fanny et Franck leur soirée arrosée et Jacky ses allers-retours valise à la main. Maxime ne s’étonne donc pas de voir les lumières des caravanes s’allumer de concert tout autour de la place et les têtes apparaître aux fenêtres. Tous, exceptés Aglaé qui préfère ne pas bouger ses 150 kilos et Jacky — que tous les voisins appellent Monsieur X tellement il peut se faire discret — rejoignent Maxime, lampe-torche à la main, pour voir ce qui a provoqué un tel cataclysme.

Ils relèvent le vieil homme qui continue de jurer mais semble n’avoir rien de cassé, et découvrent sous le faisceau croisé de leurs lampes que Maxime a trébuché sur ce qui s’avère être une petite tente, recouverte d’un drap blanc et manifestement occupée.

— Qui êtes vous ?, demande James en donnant des petits coups de pied dans la tente.

Pas de réponse.

— Essaie encore, dit Boris.

— QUI ÊTES-VOUS ?

— Ce n’est pas un coup de pied ça, dit Franck.

Il recule de quelques mètres pour prendre son élan mais il est stoppé net dans sa préparation par la voix de Fanny qui depuis tout à l’heure est intriguée par ce drap blanc posé sur la tente.

— Mais. C’est une robe de mariée ce truc.

Sandrine porte la main à sa bouche et titube comme si ses jambes ne pouvaient plus la porter.

— Charlotte, c’est toi ?, parvient-elle quand même à articuler.

La tirette de la tente s’ouvre alors et apparaît dans une bouffée de parfum une jeune femme au visage maculé de maquillage mêlé de larmes.

— Oui c’est moi maman, dit-elle.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— Je suis partie. J’ai roulé toute l’après-midi et toute la soirée. Quand je suis arrivée, tu dormais. Je ne voulais pas te réveiller. Et tu sais que j’ai toujours de quoi camper dans mon coffre.

— Et ton mariage alors ?

— Je ne peux plus me marier avec cet homme, ni faire partie de sa famille. Pas après ce qu’ils t’ont fait.