autrement.

Marie-Paule était une belle femme de soixante ans, plutôt petite, au teint halé et au sourire éclatant. Depuis qu’elle était enfant, on ne voyait et n’entendait qu’elle, l’expression même de la méditerranéenne que ses parents avaient en vain tenté de masquer derrière son prénom exemplairement français.

Brandon était un jeune garçon à la mèche de cheveux travaillée et à la langue bien pendue, passionné de foot et de jeux vidéos. Il remerciait chaque jour ses parents d’avoir abandonné l’idée d’ajouter un e à la fin de son prénom pour en aiguiller la prononciation car “Brandone faisait vraiment trop homo”.

Gisèle, dite Gigi, a maintenant plus de septante ans et personne, jamais, ne lui a connu d’histoire d’amour, ce qui ne l’empêchait pas de sourire continuellement et de saluer jovialement les piétons quand elle s’en allait faire ses courses à vélo. On ne l’avait vue pleurer qu’une seule fois, il y a deux ans, à la mort de sa mère qu’elle n’avait jamais quittée plus de quelques jours de suite.

Félicie n’avait qu’une seule poupée et n’en avait jamais voulu d’autres. Celles que sa marraine lui offrait à chaque Noël étaient installées sur les étagères de sa chambre comme des trophées, intactes. Elle avait douze frères et sœurs mais elle répétait à qui lui demandait — ou sans attendre qu’on lui demande — qu’elle n’aurait qu’un seul enfant, une fille si possible. Mais un obus une nuit de décembre 1944, alors qu’elle n’avait que 10 ans et une idée vague de la maternité, en a décidé autrement.