au bout de la rue.

À cette heure de la nuit, toute la ville est assoupie et les lampadaires jaunes n’éclairent que les chats errants et parfois l’un ou l’autre renard. Mais le ballet des phares sur les collines alentour, puis le grognement du moteur d’une antique camionnette rongée par la rouille, annoncent une nuit pour une fois bien différente. Pourtant, personne ne semble s’en rendre compte encore et c’est dans le silence total que la camionnette se gare devant le 5 de la rue des Lilas, devant l’ancienne maison d’Antoinette Dugrain, morte depuis six mois et qui a laissé sa maison inhabitée tout ce temps.

Un homme aux cheveux hirsutes et au visage émacié descend du véhicule, jette un regard appuyé de chaque côté de la rue et va ouvrir la porte passager. En sort une jeune femme aux cheveux bouclés, trop maquillée et vêtue d’une robe fuchsia très courte et d’un manteau doré. L’homme la laisse passer et attrape le Maxi-Cosi qui était attaché au siège du milieu. Le bébé est assoupi et c’est en murmurant que l’homme dit à la femme :

— Nous y sommes, voici notre maison.

Une moue se dessine sur le visage de la femme pendant que ses yeux parcourent la façade sur laquelle était peint en lettres blanches “On ne veut pas de vous ici. Allez-vous-en.” et en lettres rouges “Assassin. Retourne en prison. Tu mérites la mort.

— Ça sent la merde, dit-elle.

— C’est du fumier, il y en a plein dans le jardin. Ne t’inquiète pas, demain je nettoierai tout ça. On sera bien ici, je te le promets.

— J’espère. Mais j’ai peur.

— Je te protégerai. Heureusement que maman n’est plus là pour voir ça. Entre avec le petit, allez vous mettre au chaud. Je m’occupe des bagages.

— Dépêche-toi, je ne me sens pas à l’aise.

Soudain, les maisons du quartier s’éclairent les unes après les autres comme si le matin approchait. Un grondement brise le silence comme une éruption volcanique. Mais ce sont des bruits de pas, des voix qui s’amplifient, la foule qui arrive au bout de la rue.